Feb 16, 2014

Une éclaircie

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Quand on se rend compte que le fragile édifice psychique que l’on construit tous les matins pour fonctionner un minimum peut être balayé par une banale, courte, et très inoffensive maladie (seulement désagréable, tout au plus), on se dit qu’il y a quelque chose à faire pour mettre son mental un peu plus en ordre de bataille de façon à faire face aux ennuis plus graves qui ne manqueront pas d’arriver avec le vieillissement inéluctable des cellules. Et on se rend compte aussi qu’il y a pas mal de nettoyage à faire pour repartir sur des bases saines.

Feb 15, 2014

C'est un peu trop

Ce soir à 6 heures à Paris.

Parfois on aimerait être ailleurs.

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Ghosts of the Tsunami

 Un article fantastique sur la mort et le culte des morts au Japon au XXIème siècle

I met a priest in the north of Japan who exorcised the spirits of people who had drowned in the tsunami. The ghosts did not appear in large numbers until later in the year, but Reverend Kaneda’s first case of possession came to him after less than a fortnight. He was chief priest at a Zen temple in the inland town of Kurihara. The earthquake on 11 March 2011 was the most violent that he, or anyone he knew, had ever experienced. The great wooden beams of the temple’s halls had flexed and groaned with the strain. Power, water and telephone lines were fractured for days; deprived of electricity, people in Kurihara, thirty miles from the coast, had a dimmer idea of what was going on there than television viewers on the other side of the world. But it became clear enough, when first a handful of families, and then a mass of them, began arriving at Kaneda’s temple with corpses to bury.

Nearly twenty thousand people had died at a stroke. In the space of a month, Kaneda performed funeral services for two hundred of them. More appalling than the scale of death was the spectacle of the bereaved survivors. ‘They didn’t cry,’ Kaneda said to me a year later. ‘There was no emotion at all. The loss was so profound and death had come so suddenly. They understood the facts of their situation individually – that they had lost their homes, lost their livelihoods and lost their families. They understood each piece, but they couldn’t see it as a whole, and they couldn’t understand what they should do, or sometimes even where they were. I couldn’t really talk to them, to be honest. All I could do was stay with them, and read the sutras and conduct the ceremonies. That was the thing I could do.’

Richard Lloyd Parry · Ghosts of the Tsunami · LRB 6 February 2014

Déprime

J’en ai marre de cet état de dépression latente avec des hauts, des petits hauts et des bas, des petits bas, qui me ronge tout le temps. J’en ai marre d’attendre avec anxiété la catastrophe qui ne manquera pas de m’arriver. J’en ai marre de toujours vouloir autre chose que ce que j’ai. J’en ai marre de toujours avoir envie d’être quelqu’un d’autre que je ne suis, plus beau, plus brillant, plus intelligent, plus heureux. J’en ai marre de me trouver insipide, nul, stupide, un raté, à peu près tout le temps.

Je voudrais être quelqu’un de normal, ni triste ni heureux la plupart du temps mais simplement content de vivre et de ressentir les émotions vous traverser l’esprit. Ne pas être préoccuppé tout le temps de maintenir la tête hors de l’eau, ne pas avoir ces inquiétudes et ces tristesses constantes.

Feb 12, 2014

Orages

Vous voulez voir une belle collection d'activité convective intense dans l'air ? Regardez cette vidéo réalisée par Nicolaus Wegner au Dakota du Sud et au Wyoming pendant l'été 2013.


Feb 7, 2014

Aller au vert

 
Manque de nature, manque de calme, envie de forêts, d’arbres et de mousses.
Désir d’herbe, de feuilles, de branches. Toucher le tronc humide d’un arbre. Humer l’odeur des feuilles mortes qui pourrissent dans le sous-bois.
Envie d’écouter le son du vent dans les pins, le chant des oiseaux, le son de l’eau qui coule dans le ruisseau, sur les cailloux.
Écouter les craquements et les pétillements du bois qui brule dans la cheminée, sentir l’odeur du feu de bois, admirer la danse des flammes.
Écouter le son des gouttes de pluie qui battent le toit. Les chiens qui aboient au loin dans les fermes quand tombe la nuit.
Marcher dans la forêt, respirer ses odeurs, écouter le calme des grands bois.
J’ai besoin de sortir, de prendre des vacances à la campagne, d’y être seul dans cet état d’euphorie tranquille qui caractérise mes séjours au vert. De ne rien faire que lire, écrire, boire du vin en rêvassant et marcher dans les bois ou dans les champs, le long des haies des chemins creux, jouer avec le chat et lui faire des câlins.

Feb 6, 2014

Les chiens voyageurs de Moscou

Il paraît qu’à Moscou où vivent près de 35 000 chiens errants (1 pour 300 habitants) quelques uns de ces chiens ont adopté un comportement de comuters, prenant le métro pour aller de leurs lieux de résidence dans les banlieues aux endroits où ils savent trouver de la nourriture, et retour. Un remarquable cas d’adaptation au milieu.

➟ Street dogs in Moscow 

The Moscow Metro is the second most heavily used in the world by daily ridership. About 500 dogs on average live in its stations, especially during colder months. Of thèse dogs, about 20 are believed to have learned how to use the system as a means of commuting. The strays move to the city center during the day in search of food and return to the suburbs at night.

Theories to explain how they are able to correctly determine their routes include: an ability to judge the length of time spent on the train in between stations/time intervals recognition of the place names announced over their train's loudspeaker the scents of particular stations[1] a combination of such factors. They are said to prefer the quieter, less trafficked cars at the very front or back of the train. Author Eugene Linden, a specialist in the subject of animal intelligence, believes the dogs' behavior exhibits "flexible open-ended reasoning and conscious thought".

Feb 4, 2014

The School of Life frappe encore

Oh chouette ! chouette ! Alain de Botton sort un nouveau livre : The News A User’s Manual et mon site web préféré, The School of Life (créé par Alain de Botton) sort un nouveau journal on-line The Philosopher’s Mail, en plus du blog.

Understatement

Penelope Fitzgerald, dans une lettre, pendant le blitz de Londres :

We have had a large oil-canister bomb which came through my bedroom window, so that I have a twisted piece of metal as a souvenir, but I was not there at the time and so although all the windows in the flat collapsed I did not.

Et c'est tout.

Feb 3, 2014

Philip Seymour Hoffman

Dur weekend pour le cinéma. Philip Seymour Hoffman est mort hier dans son appartement de Greenwich Village, d’une overdose, apparemment. Il avait 46 ans. Il était dans mon top ten des acteurs américains. Avec Jeff Bridges, Al Pacino, Clint Eastwood, Kevin Spacey, Dustin Hoffman, Woody Allen, John Goodman… Son plus grand rôle aura été Capote, le biopic sur le grand écrivain Truman Capote qu’il incarnait extraordinairement. Il avait la plupart du temps des seconds rôles (sauf dans Capote) mais quelque soit le personnage, et en général c’étaient des rôles difficiles, il l’incarnait avec son style personnel et il ne passait jamais inaperçu.

Les allégations contre Woody Allen

Les allégations contre Woody Allen ? Je n'y crois pas un instant ! Toute cette affaire pue la vendetta construite et réfléchie pour détruire la réputation de Woody Allen. Avec copinage et exploitation des opportunités, avec utilisation intelligente d'Internet et des réseaux sociaux sur le Web pour faire lyncher (au moins virtuellement) le cinéaste...

Woody Allen a tout pour déplaire à l'Amérique profonde : il est juif, New-Yorkais, brillant intellectuel bourré de talents, de gauche, il fait des films d'auteur, des films intelligents, tout en finesse et humour, avec une morale ambigüe, il a séduit de belles femmes goys, lui, le petit juif laid avec des grosses lunettes de nerd, il s'est marié avec la fille adoptive de sa compagne de l'époque, beaucoup plus jeune que lui (et peu importe qu'il n'en ait jamais été le père, ni adoptif ni même assumant le rôle de père, ne l'ayant fréquenté que quand celle-ci fut majeure), il a fait un film magnifique, "Manhattan", à la gloire de New York, où le personnage principal a une relation amoureuse avec une jeune étudiante. Tout cela fait qu'il sent le souffre par tous les pores de sa peau ! Alors l'accusation ultime est bien sûr l'abus sexuel sur sa fille adoptive de sept ans. Même si toute cette histoire est abracadabrantesque à bien des niveaux et si on a déjà enquêté dessus il y a vingt ans sans rien trouver à lui reprocher.

Les réacs manifestent le dimanche

Il y a une France où deux millions de personnes achètent un ticket de cinéma (qui n'est pas donné !) pour aller voir le film "Les garçons et Guillaume, à table !" qui offre un regard plein d'humanité et d'intelligence sur les identifications sexuelles. Il y a une autre France où des centaines de milliers de personnes croient avec la foi du charbonnier aux mensonges qui circulent autour d'une pseudo "théorie du genre" sur l'indifférenciation des sexes qui serait inculquée en catimini aux enfants des écoles, quand c'est d'égalité dans les choix possibles d'études et de métiers dont on leur parle, à l'encontre des préjugés sexistes et sociaux. Tous ces gens manifestent donc contre des menaces imaginaires, des projets de lois qui n'existent pas - notamment sur la PMA, la GPA, l'euthanasie - ou s'érigent en défenseurs d'un modèle familial que nul ne leur conteste, mais qui n'est tout simplement plus le seul depuis bien longtemps dans la société française. Il n'y a pas de raison qu'ils ne retournent encore souvent battre le pavé, dès lors qu'ils s'inventent leurs propres épouvantails.
Jean-Michel Helvig - La République des Pyrénées.

Feb 1, 2014

Être de bonne foi : la voie vers l'échec

Seuls les naïfs peuvent croire qu’une discussion vise à résoudre un problème ou à éclaircir une question difficile. En réalité, sa seule justification est d’éprouver la capacité des participants à désarçonner leur adversaire. L’enjeu n’est pas de vérité, mais d’amour-propre. Le beau parleur l’emporte sur le bafouilleur, le téméraire sur le timide, le fonceur sur le scrupuleux. Être de bonne foi équivaut à additionner les handicaps, le scrupule s’ajoutant à la circonspection pour alourdir la langue. Qu’est-ce que la bonne foi ? Une conduite d’échec, un véritable suicide…
Georges Picard - Petit traité à l'usage de ceux qui veulent toujours avoir raison (José Corti - 1995)

Hurluberlu

Depuis longtemps, j’ai acquis une réputation d’hurluberlu. Être considéré ainsi n’a rien de dégradant. L’hurluberlu est un personnage plutôt sympathique dans notre folklore social. Il n’agit pas comme tout le monde, il ne comprend pas le langage commun, il vit dans un monde parallèle. Dans le meilleur des cas, il ne porte tort à personne et n’abîme que sa propre réputation. Mais comme il sait à peine de quoi il s’agit, ça ne tire pas à conséquence. Le dictionnaire m’apprend que je suis un type extravagant qui agit d’une manière bizarre et inconsidérée. Je suis tout prêt à le croire. Je peux tout aussi bien croire le contraire au bénéfice de ma liberté d’échapper aux codes et aux modes débiles qui sévissent dans notre société. Si la société est folle, d’une folie sans issue, agressive et mesquine, rien ne doit nous retenir de lui tirer la langue ou de lui faire un bras d’honneur. Pour ma part, je crois plutôt à la solution malicieuse. À  l’occasion, je pratique volontiers le rire, voire la cocasserie. Il m’arrive de faire des jeux de mots sans les regretter. C’est une hygiène comme une autre dont l’intérêt ne semble pas avoir été perçu par les faiseurs de traités métaphysiques. Comme le monde serait ennuyeux si on se contentait de le prendre au pied de la lettre ! J’ai toujours pensé qu’il fallait dépayser les choses pour se dépayser soi-même. En brouillant un peu les contours au lieu de suivre passivement le trait, on s’ouvre des perspectives plus excitantes sur la réalité. Je ne sais pas si une considération de ce type recevrait le suffrage des contemporains. Notre époque est lourde comme jamais, elle s’épuise dans un prosaïsme déprimant. Mais elle présente au moins l’avantage de s’intéresser frénétiquement à elle-même, grâce à quoi chacun peut lui rendre la pareille en butinant de son côté, en toute indépendance d’esprit.
Georges Picard - L'Hurluberlu (Corti, 2012)

Jours d'hiver

Bien peu d'écriture sur ce blog en ce moment. C'est que les fins janvier et les débuts février me sont un peu difficiles à vivre, avec l'hiver et mon anniversaire qui approche. Mon anniversaire n'est jamais une source de joie. Dans ma famille on ne fête pas les anniversaires, on ignore même la date des anniversaires des uns et des autres, où si l'on y pense on ne le fait pas remarquer ! Avant Facebook je ne souhaitais jamais un bon anniversaire à personne. La notion de bon anniversaire m'était à peu près inconnue, un anniversaire étant mauvais, dans mon esprit, par définition. Depuis Facebook je me sens obligé de souhaiter un bon anniversaire à mes contacts. J'ai même fini par apprécier que des gens dont je n'avais jamais d'autres nouvelles que leurs rares statuts FB me souhaitent mon anniversaire ! Mais dans l'ensemble I'd prefer not to.